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Non, le pigiste n'est pas un branleur...

Le pigiste, un branleur? Non!


 Quel pigiste n’a jamais entendu dire : « Tu bosses chez toi ? La chance, tu peux te lever quand tu veux, te coucher quand tu veux ! » Tranquille, quoi.

Dis sur le ton de la plaisanterie venant d’un proche, ou avec étonnement venant d’un inconnu, ces propos dénotent une vraie méconnaissance du travail de journaliste pigiste : démarcher les rédactions, proposer des sujets, envoyer des synopsis, relancer et relancer, se vendre.

Pour Cécile Michaut, pigiste expérimentée, la façon dont les autres perçoivent les pigistes dépend de l’image que l’on donne. « Si on est mal à l’aise, parce qu’on fait un métier qui renvoie à la précarité, les autres vont forcément nous renvoyer ce message. »

Quand on leur demande ce qu’ils font dans la vie, la plupart des journalistes pigistes répondent d’abord qu’ils sont journalistes. « Les gens retiennent le prestige lié à ce métier. Ensuite, s’ils veulent en savoir plus, je leur explique. Et là, on peut dire que piger pour des journaux prestigieux passe mieux. Mais dans tous les cas, il n’y jamais de mépris, car les gens connaissent très mal le métier de pigiste. »

 Que les idées des pigistes puissent les faire vivre déstabilise l’entourage. Mais que cela relève d'un choix encore plus. En tout cas au début. « Mes amis n’avaient pas l’impression que j’avais un vrai travail. Ils avaient l’impression que j’étais femme au foyer, et qu’à côté, je gagnais de l’argent de poche ! Je m’en plaignais. Avec le temps, ils ont vu que je gagnais vraiment ma vie et se sont rendus compte que c’est ce qui me convient. Mais ma mère continue de me demander si je gagne assez d’argent !» raconte Eve Mennenson, jeune pigiste.

Cette méconnaissance s’étend même dans certaines rédactions : « Un employeur m’a un jour dit qu’il avait l’impression que je pigeais chez lui par défaut car je n’avais rien trouvé d’autre ! » s’exclame Eve.

Le pigiste suscite donc de l’admiration, des plaisanteries, de l’inquiétude, des malentendus, mais aussi de l’envie. « Mes proches ont l'impression que je m'active à mort. Ils me disent que j’ai de la chance car je peux m’organiser comme je veux, mais ils ne le feraient pas, » rapporte Frédérique. Mais il y a aussi le le revers de la médaille ! «Comme je fais moi-même mon emploi du temps, ils pensent que je peux plus facilement me libérer et je suis donc plus corvéable ! » regrette Eve.

Après des années d'expérience, le pigiste peut espérer trouver la bonne équation liberté-exercice du métier. C'est le cas d'Eric Delon : « Mes proches ont un regard serein et ont même une certaine fascination face à mon équilibre. »

Alors, un peu de patience... et beaucoup de travail!

Annie Voeung