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Maturité et réseau : les clés du collectif « ça presse ! »

Grâce à son débat du 21 octobre 2008 sur les Etats généraux de la presse écrite et son tout nouveau blog collectif, l’association « ça presse ! », née en 2006, a réussi à s’imposer dans le paysage médiatique en seulement deux mois. Petite présentation d’un groupe de réflexion sur le métier de journaliste qui n’a pas fini de faire parler de lui...  

Paule Dandoy, 42 ans, a déjà bien roulé sa bosse. Chef de service société depuis six ans dans un féminin dont elle taira le nom, cette ancienne élève du CFJ s’interroge sur son métier, menacé par l’arrivée d’internet, des gratuits, de patrons de presse de plus en plus soucieux de rentabilité financière, et peu de qualité d’information. Elle veut défendre une pratique du journalisme de terrain, respectueux des lecteurs de la déontologie. Elle n’est pas la seule à se poser des questions et s’en rend très vite compte auprès de ses collègues. Sa maison devient le QG de plusieurs réunions : « entre nous, nous nous plaignons des multiples pressions subies de la part des rédacteurs en chef ainsi que des annonceurs de publicité mais aussi d’une précarité généralisée dans le journalisme, et de l’ état économique de nos supports, etc. » Le « nous » inclus des iconographes, des maquettistes, secrétaires de rédaction, rédacteurs ou chefs de service, de petits ou grands magazines, des journalistes en pied ou des pigistes, de tous âges. « Nous avions envie de décloisonner les professions » se félicite Paule Dandoy. De 10, ils passent à 15, puis 20. Très vite, de groupe de parole, ils deviennent groupe de réflexion. Pourquoi ne pas élargir ces discussions en vrais débats ? La maison devenant bien trop petite il leur a fallu un local, rapidement trouvé grâce à l’un des membres du petit club, Marc Mentré, enseignant au centre de  formation Emi-cfd. C’est là que, une fois par mois,  des confrères et experts des médias sont invités à répondre à des grandes interrogations telles que « Quelles conséquences de la ‘déclinaison de marques » sur nos pratiques du quotidien ? », « Quelle information attendent les lecteurs ? », « Quel modèle économique pour les nouveaux sites d’informations sur Internet ? », etc. Et chaque débat réunit une cinquantaine de personnes. En décembre 2007, au moment où se tenaient les premières assises du journalisme dirigées par Jérôme Bouvier, le noyau dur de ce nouveau groupe de réflexion, composé de Jacques Trentesaux, Christine Lamiable, Emmanuel Vaillant, François Simon et Paule Dandoy, signe ses statuts d’association. Elle s’appelle « ça presse ! », tout simplement. « Nous sommes confrontés à des révolutions technologiques, économiques (les patrons de groupes sont des financiers), culturelles (relation différente avec nos lecteurs)… Nous voulons sortir de la plainte, de l’isolement pour défendre l’information de qualité, le respect de la déontologie et plébisciter un retour aux fondamentaux du métier », résume Paule Dandoy.

Les Etats généraux de la presse : un tremplin
L’actualité leur donnera raison car le 4 octobre 2008, Nicolas Sarkozy lance les « Etats généraux de la presse écrite », censés remédier à la crise financière et de confiance à laquelle ce secteur est confronté. « Lorsque nous avons fixé notre programme à la rentrée 2008, nous n’avions pas de tout pensé aux Etats généraux. Mais lorsque le problème s’est posé, un confrère photographe m’a glissé à l’oreille ; « si les journalistes ne se bougent pas, les lois se feront sans eux et leur situation va encore empirer… ». Sentant le scepticisme grandissant de toute la profession par rapport à ces « pôles de réflexions » auxquels la plupart des associations de presse ne sont pas invités, le collectif « ça presse ! » organise un débat sur ces Etats généraux le 21 octobre au Press Club. Et c’est un véritable succès : 150 journalistes sont au rendez-vous. La ferveur est telle dans la salle que toute l’assemblée se met d’accord pour créer un nouveau mouvement : le RAJ, Rassemblement des Associations de Journalistes (environ 1 600 adhérents dont « Profession : pigiste » !) ; leur première réunion a d’ailleurs eu lieu le 13 novembre dernier. Dans ce nouvel élan, leur blog participatif voit le jour le 3 novembre. Avec des rubriques telles que « ça cogite », « ça nous dérange », « ça se passe ailleurs », ce site, professionnel et bénéficiant de nombreux liens, a été construit… A leur image.

Emma Lassort

www.capresse.org.

PS : L'association "Ca Presse" a finalement cessé ses activités en juin 2010.