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Piger en presse pro

La presse à destination des professionnels est composé d’une multitude de titres. Elle offre de nombreuses possibilités au pigiste, à condition de connaître ses spécificités

La presse pro, vous connaissez ? Non, il ne s’agit pas des journaux écrits par des journalistes professionnels (comme ce devrait être la règle), mais des journaux qui s’adressent à des professionnels et non au grand public. A ne pas confondre avec la presse spécialisée, qui traite d’un seul thème (culture, sport, jeux...), mais qui vise le grand public passionné. La presse professionnelle est peu connue, puisque ses journaux sont presque tous absents des kiosques, et vendus uniquement sur abonnement (à l’exception de L’Usine Nouvelle, mastodonte du secteur). Si des titres comme France pizza, Hôpitaux magazine, la Revue technique du chien, Recyclage récupération Magazine, Chantiers de France, Assistante maternelle magazine, Le Sapeur pompier, Soudages et techniques connexes, Porc magazine... vous font éclater de rire, passez votre chemin. La presse pro n’est pas faite pour le journaliste qui ne jure que par les domaines « nobles » tels que la situation internationale, la politique ou l’économie.

Pourtant, le pigiste à la recherche de nouvelles collaborations ne devrait pas se moquer : c’est souvent dans cette presse pro si décriée qu’il pourra dénicher des piges. D’abord, parce qu’elle est moins connue, donc moins recherchée. Ce n’est pas Info chimie magazine qui recevra des centaines de propositions de sujet contrairement au Monde ou aux Inrockuptibles. D’autre part, leurs rédactions sont souvent très peu étoffées : les plus petites ne sont composées que d’un rédacteur en chef, parfois un journaliste, et c’est tout. Les besoins de renforts sont donc fréquents.

La presse professionnelle recherche avant tout des spécialistes du secteur qu’elle couvre. Elle préfèrera souvent un ingénieur ou un juriste à un journaliste trop généraliste. Pourtant, le journaliste de formation a aussi toutes ses chances, s’il accepte de se pencher sur des sujets pointus, jugés rébarbatifs par nombre de ses confrères. Il est quand même difficile de s’éclater à écrire un article sur la protection des moteurs de pompe (c’est du vécu). Heureusement, la presse pro ne manque pas non plus de sujets intéressants. Ces journaux, s’ils sont souvent peu exigeants quant au style d’écriture, sont en revanche intraitables sur l’exactitude des informations. « Pas question de confondre un mégawattheure avec un mégawatt, ou un décret avec un arrêté », dit ainsi une rédactrice en chef. Les lecteurs connaissent leur domaine sur le bout des doigts et repèrent tout de suite ce type d’erreur. Or la crédibilité des informations est la raison d’être de ces journaux.

Pour autant, la presse pro n’est pas un eldorado, et elle n’est pas épargnée par la crise de la presse. Si elle ne souffre pas trop des problèmes de distribution, puisqu’elle est presque uniquement disponible sur abonnement, elle subit de plein fouet la crise de la publicité, qui représente souvent plus de 80 % de ses recettes. D’où une tentation à laquelle un certain nombre de journaux professionnels succombe : mêler publicité et rédactionnel. Au mieux, les thèmes sont choisis en fonction de la publicité, mais la manière de les traiter est libre. Au pire, il est interdit de dire du mal des sociétés qui achètent des publicités. Bref, en presse professionnelle, le pire côtoie le meilleur et le pigiste devra faire le tri entre les titres plus ou moins respectueux de la déontologie journalistique. L’honnêteté n’est pas toujours au rendez-vous non plus concernant le paiement des pigistes : tarifs parfois très bas, tentatives de régler sous forme de droits d’auteur, voire d’honoraires... Là aussi, la vigilance est de mise, d’autant que certains titres sont fragiles financièrement, et il n’est pas toujours aisé de se faire payer après un dépôt de bilan.

Intéressé par la presse professionnelle et averti de certains de ses défauts, vous êtes partant pour tenter l’expérience ? Reste à dénicher ces journaux. Comme ceux-ci ne sont pas en kiosque, ils sont difficiles à trouver. Outre le site de la presse pro [1], c’est surtout dans les salons professionnels qu’on les trouve, là où ils touchent leur lectorat. Un agenda très complet de ce type de salons est par exemple disponible dans L'Usine Nouvelle.

Bonne école pour le débutant ou ressource régulière pour le pigiste chevronné, la presse pro mène à tout, à condition d’en sortir. En effet, elle n’est pas toujours bien considérée par les journaux grand public, et ne constitue donc pas un tremplin de choix vers cette presse plus renommée. Certains journalistes s’y plaisent, appréciant d’aborder des sujets pointus et de les traiter en profondeur. D’autres s’en lassent vite. Les plus astucieux parviennent à recaser certains sujets de presse pro vers la presse plus grand public.

Cécile Michaut

[1] www.presse-pro.com