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Piger dans la com'

Arrondir ses fins de mois en travaillant pour un journal d'entreprise, un bulletin municipal ou une agence de communication ? Une grosse tentation pour les pigistes mais ils s'en vantent rarement. Faut-il avoir honte de la « faire de la com » ? Non, si les limites de l'exercice sont clairement fixées et n'empiètent pas sur le journalisme. La communication, souvent bien rémunérée, permet de remplir son frigo, d'entretenir son réseau et son écriture, même si elle est différente de l'écriture journalistique, et surtout, de rester en contact avec le monde du travail. Petit tour d'horizon de la galaxie communication.

1. Les différents types de communication

• Presse institutionnelle
Elle regroupe les publications des collectivités territoriales : gazettes municipales, journal du Conseil régional... Et comme son nom l'indique, celle des institutions comme celle de la Chambre de commerce et d'industrie.

• Presse d'entreprise
Elle est destinée aux professionnels et aux collaborateurs de l'entreprise, mais c'est aussi un journal interne destiné aux employés.

• Evénementiel
Il regroupe des publications ponctuelles, destinées à faire parler d'un événement : festival, compétition sportive...

• Publireportage
Il vante les mérites d'un produit : cosmétique, restaurant, crédit... Pas d'ambiguïté : la mention « publireportage », obligatoire, annonce clairement la couleur.

Quels supports ?
Presse papier, internet, télévision mais aussi vidéo, comme celles qu'on peut voir en faisant la queue à la Poste ou à la banque.

Dans toutes ces formes de communication, les relectures sont nombreuses. C'est là qu'il faut assumer son choix car l'esprit critique est banni. Et lorsque le client vous relit, vous devez accepter qu'il fasse « son rédac'chef ».

• L'animation de débats : c'est aussi une forme de com'. C'est ce qu'on appelle « faire des ménages ». Cécile Michaut s'y est frottée lorsqu'elle a animé « le bar des sciences », où le public vient au café pour discuter avec les chercheurs sur un thème précis. « On donne la parole, on fait en sorte que ça se passe bien, mais on ne donne pas son avis ». Pour sa prestation, Cécile a perçu une centaine d'euros par soirée.

2. Comment débuter ?
Si c'est la première fois que vous démarchez, le mieux est d'envoyer un CV dans une agence. Le site internet strategies.fr en regorge. A vous de pointer un domaine précis. L'autre méthode consiste à demander à un confrère qui en a déjà fait. Sans surestimer l'importance du réseau, cela vous évitera de mettre les pieds n'importe où et vous aidera peut-être à obtenir un entretien voire une collaboration. Mais là encore, à chacun de trouver son mode de fonctionnement : « Je préfère ne pas me faire recommander et garder la discrétion. Cela me permet de  ne pas me faire griller », avertit Clémentine Liliac, journaliste pigiste.

3. Quelles limites ?
Dans un souci de crédibilité, certains évitent au maximum de traiter les mêmes sujets en journalisme et en communication. Quand les sujets et les interlocuteurs se recoupent, il peut y avoir des conflits d'intérêts. Comment encenser un dirigeant, un produit, une institution, si on l'a décrié avant dans un article ? « Maintenant que je sais écrire sur le nucléaire, je ne fais plus de com sur le sujet. J'aurais l'impression de perdre en crédibilité, » commente Cécile Michaut. Mais là, encore, il n'y a pas de règles : « C'est à moi de m'adapter aux exigences du client puis de reprendre mes réflexes de journaliste », avance Stéphane, journaliste dans la presse professionnelle. Et déontologiquement? « Je ne fais pas de com pour un parti politique ou pour défendre des idées qui ne me correspondent pas », affirme Clémentine Liliac.

Autre réalité à prendre en compte : la carte de presse. Pour la conserver, ce que vous percevez hors journalisme ne doit pas dépasser 49% de vos revenus. A vous, donc, de faire votre petit calcul pour  refuser des travaux de communication le cas échéant si vous voulez obtenir ou garder ce précieux sésame

4. Quels écueils ?
Il ne faut pas perdre de vue ses buts. Parfois, pour des nécessités pécuniaires, on risque de ne faire que ça . « On peut tomber dans un cercle vicieux », prévient Cécile Michaut.
Quand on alterne com' et journalisme, il faut garder son esprit critique.

5. Combien ?
Tout le monde est d'accord pour dire que la communication paie mieux que le journalisme : de 70 à 200 euros le feuillet. De quoi mettre du beurre dans les épinards ! Emma Lhaumon raconte : « Je n'ai fait de la com qu'une seule fois… et c'était un très bon coup. Je devais rédiger 40 descriptifs d'hôtels d'une même chaîne répartis dans toute la France en une dizaine de jours. Il fallait combiner les recherches sur internet et les interviews des gérants des hôtels puis en faire un résumé attractif. J'ai dû faire travailler une amie pour rendre ma mission à temps, mais le jeu en valait la chandelle : en tout, j'ai récolté 2800 euros. Mon plus beau salaire en si peu de temps ! »
Si la rémunération au salaire semble la plus répandue, les journalistes d'entreprise sont dans un cas particulier : se lon l'UJJEF, leur association interprofessionnelle, la moitié des pigistes sont payés en honoraires et seuls 6% d'entre eux détiennent la carte de presse. L'association recommande le portage salarial, qui permet au journaliste de percevoir un salaire et à l'entreprise de limiter les risques juridiques.

Thierry Butzbach, juillet 2010