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Dung Vo Trung, photo-globe-reporter

Le monde au bout de son appareil photo. Il est en France lorsque je le contacte, mais il prépare déjà son prochain voyage. A Singapour. Dung Vo Trung, pigiste globe-trotter, vit la moitié du temps à Paris où il démarche les rédactions et organise ses périples ... Le reste du temps, il est à l’étranger, visitant un laboratoire vietnamien de vaccins contre la grippe aviaire, photographiant des navires antiques turcs, ou témoignant de la lutte judiciaire des paysans chinois expropriés. Photographe, il ne délaisse pas pour autant la rédaction des textes quand les magazines lui demandent. Il s’est spécialisé en science, mais traite aussi volontiers des sujets plus politiques, notamment ceux liés aux conflits.

Pourtant, rien ne destinait professeur de français natif du Vietnam, où il a vécu jusqu’à 23 ans, à devenir journaliste. Mais après avoir travaillé comme traducteur et rédacteur pour l’AFP au Vietnam, il a repris des études de sociologie de communication, et réalisé un mémoire sur la sociologie du journalisme. Ce fut une révélation : il allait devenir journaliste. C’est en étant en étant assistant de photographes de l’agence Gamma qu’il a appris la photographie « sur le tas ».

Bien sûr, il apprécie particulièrement les reportages en Asie du Sud-Est, dont il connaît la culture, ce qui lui permet d’aller là où les journalistes européens ne vont pas. Mais il ne dédaigne pas les reportages dans les autres pays, notamment le reste de l’Asie, l’Amérique du Sud, l’Europe de l’Est, la Russie... « La préparation d’un voyage me prend entre une dizaine de jours à deux mois, décrit-il. J’accumule auparavant de la documentation sur le pays et les thèmes que je souhaite traiter. Je demande les visas et les autorisations nécessaires, je prépare mon budget, en m’arrangeant pour partir aux moments où les billets d’avions sont les moins chers, je réserve les hôtels (sûrs, car j’ai du matériel coûteux, et confortables, pour travailler dans de bonnes conditions), j’organise les rendez-vous, je cherche des contacts sur place qui font du repérage, si bien que je peux démarcher les rédactions avec des synopsis précis. » Les voyages durent au minimum quinze jours, parfois plus, pendant lesquels Dung Vo Trung traite un ou plusieurs sujets. Le budget, 2500 euros au minimum, grossit très vite s’il faut engager un traducteur ou louer une voiture.

« Soit je travaille sur commande, et la rédaction paye alors les frais, soit je finance moi-même mon voyage, auquel cas le tarif au feuillet est bien sûr plus élevé pour que je puisse me rembourser, explique-t-il. Je travaille essentiellement pour la presse magazine : à 250 euros la demi-page dans un quotidien comme le Figaro quels que soient les frais engagés, ça ne paye même pas le billet de train ! » Il vend ses articles aux journaux français, mais aussi étrangers, ce qui lui permet de proposer à plusieurs publications non concurrentes, par exemple le magazine Science et Avenir et le journal italien Focus, de co-financer le voyage. « Avec les difficultés croissantes de la presse, ce type de co-financement devient plus fréquent », observe-t-il.

Les photos non vendues sont confiées à des banques d’images qui apportent à Dung Vo Trung un complément de revenus mensuel en droits d’auteurs de 500 à 800 euros. Ce qui lui permet de vivre confortablement de son métier, et de réinvestir sur les projets suivants. Devant une telle vie qui fait rêver, on se dit qu’il doit bien exister quelques points noirs. Bien sûr, il existe des moments difficile, lorsqu’il a beaucoup travaillé sur un sujet qui tombe à l’eau, comme ce voyage prévu en Inde, et annulé par les chercheurs à cause des troubles communautaires. Même sans cela, il faut parfois préparer trente synopsis pour un voir un seul accepté. « Mais ces difficultés sont mineures par rapport au plaisir de faire un métier que j’aime, d’aller là où je veux,  de raconter des histoires. Le prix à payer est ma difficulté à concilier ce métier très prenant et la vie de famille : mes enfants et mon épouse me reprochent de ne pas être assez présent. »

Cécile Michaut