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Une réflexion sur l'article de l'Express "Pigiste en batterie"

L'article de l'Express, intitulé "Pigistes en batterie", publié par Emmanuel Paquette le 18/06/2010, force l'indignation, en tout cas dans un premier mouvement. Je voudrais seulement rappeler que l'appellation "Pigiste" veut tout et rien dire. Certains y verront des rédacteurs, d’autres des journalistes professionnels rémunérés à la pige, d’autres encore autre chose selon l'univers référentiel  qui est le sien.

L’article ne parle pas d’un travail de journaliste, loin s’en faut, il parle de gens qui prennent de l’info sur internet, la reformate et la remette sur le net. C’est une nuance de taille à mon sens.

Est-ce que ces gens sont exploités ? Ca dépend combien de feuillets ils arrivent à tomber en 7 heures de travail.

Exemple : il m’arrive d’avoir des commandes pour une entreprise de référencement. C’est à peu près le même travail, prendre de l’info sur le net, la reformater de façon originale pour en faire des pages avec un contenu rédactionnel original afin de favoriser le référencement naturel. C’est un mixte d’infos, de fiction et de style un peu léché.

Pour ça je suis payé environ 50 euros le feuillet que je facture, soit 25 euros net. J’en fais 10 par jour ! Cela me fait donc des journées à 250 euros net, ce qui n’est pas si mal.

Ce n’est pas du travail de journaliste, que je fais à côté en travaillant beaucoup plus lentement parce que l’info, il faut aller se la chercher. Et je suis payé sans doute moitié moins pour cela, disons 51 euros brut du feuillet. Si j’en fait deux feuillet par jour, c’est déjà beau. Bon, il y a aussi des magazines qui me paient plus de 100 euros le feuillet. Cela dépend. 

Alors les articles d’indignation sur la condition de pigiste devrait, pour assoir un minimum leur crédibilité, préciser de qui ils parlent vraiment.

Encore une chose : lors d’une interview avec Amaury de Rochegonde, chef du service médias à Stratégies, chroniqueur à France Info « Média Grand Angle », le dimanche, il me cite cette étude : « Une étude sortie à Baltimore en 2009 aux Etats-Unis montre qu’il y a seulement 5% des informations qui sont produites par les nouveaux médias ». Donc, une proportion somme tout encore faible, même si elle est appelée à augmenter.

Produire de l’information reste un travail de journaliste qui passera toujours par des médias traditionnels. En fait deux modèles se dessinent : une logique low-cost de l’information à bas prix vite écrite, vite lue et vite jetée pour des sites vivant de la publicité, qui se concentrent sur les exigences de référencement : rapidité d’intervention, info glanée sur le web, un travail très vite, tout le temps sur l’ordinateur, ne sortant jamais, toujours en ligne. Et une logique qui au contraire va mobiliser des journalistes, et en particulier des journalistes pigistes, pour travailler sur une information très identifiante, spécifique et qui mérite d’être payée. 

Donc, pour conclure, je me refuse à abonder dans le sens : "regardez ces pauvres pigistes, ils bossent comme des poulets de batterie". 

Bruno C

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