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Info-Piges
Pink TV, Leclerc et Bagdad
Quel lien existe-t-il entre un travesti sur Pink TV, Mi- chel-Édouard Leclerc ou une correspondante à Bagdad ? Allez, cherchez un peu... Quel nom porte le journal que vous lisez en ce moment même ?
Brigitte Boréale, 48 ans, (Philippe, pour l’état civil) est le premier travesti chroniqueur sportif sur la chaîne câblée gay. Pas évident, à priori, mais cela n’empêche pas un grand professionnalisme, indique son portrait publié dans Libé, le 8 juin. BB, alors qu’elle était encore Philippe, pigeait « pour Libé, L’Équipe et sur FR3. Et le week- end, elle chaussait ses talons ». Sur le plateau, cela se voit. Même si Michel Field, producteur de l’émis- sion, avoue avoir eu un doute. « Au début, on s’est dit : un trav’ pour les sports, ça va être too much. On voyait l’œil goguenard des invités mais, dès qu’elle commen - ce à parler, ils se rendent comp - tent que c’est une véritable pro. » Le tout payé une centaine d’euros le cacheton !
Après le trav’, le grand distributeur : pour Michel-Édouard Leclerc, le journalisme remonte à la prime jeunesse. Afin de payer ses études, entre autres petits boulots, indique Le Figaro entreprises, le 13 juin, il a pigé pour le Nouvel Observateur. Sans doute moins lucratif que le commerce...
Dur retour à la réalité. Ou réalité dure en Irak. Dernière correspondante permanente française à Bagdad, Anne-Sophie Le Mauff en a été expulsée le 22 juin. Pigiste pour L’Humanité et divers autres médias français et franco- phones, elle s’est repliée sous la contrainte à Amman, en Jordanie. Privée de boulot, privée de la liber té d’informer. Dans son édition du 23 juin, L’Huma témoigne de sa solidarité (financière ?) avec sa journaliste par l’intermédiaire d’un article de son directeur de la rédaction, Pierre Laurent : « Nous sommes de tout cœur à ses côtés en ce moment difficile. » Et n’oublie pas de dénoncer cette décision : « Cette expulsion est un acte grave, qui fait craindre le pire pour l’avenir de l’information dans ce pays. L’Irak perd un nouveau témoin. » Les autorités françaises ne sortent pas grandies de cette affaire. Début juin, l’ambassadeur de France à Bagdad, Bernard Bajolet, avait envoyé un courrier à Anne-Sophie Le Mauff pour lui demander de quit- ter l’Irak. Libération du 22 juin en cite ainsi quelques lignes : « Vous devez vous demander si la liberté et le souci d’informer justi - fient une telle prise de risques, pour vous et pour les autres. Aucune excuse ne peut justifier la pour - suite de vos activités en Irak. » De son côté, la journaliste affirmait à Libé, dans cette même édition, que les autorités irakiennes lui avaient « fait comprendre que l’ambassa - de de France leur avait demandé de [l]’expulser ».
Montée au créneau de Reporters sans frontières (l’association a été contactée par Anne-Sophie Le Mauff depuis Bagdad) dans un communiqué, repris par la plupart des quotidiens : « Cette procédure est inacceptable. Ce n’est en aucun cas aux autorités françaises de décider quel journaliste doit ou ne doit pas rester en Irak. » Les pigis- tes aussi se battent pour la liberté de la presse !
Ironie du sort, le jour même de l’expulsion de notre consœur, « les directeurs des principaux médias français se sont mis d’accord pour partager les coûts d’une future couverture de l’actu - alité en Irak, en “mutualisant” les moyens de sécurité et de trans - port des envoyés spéciaux dans ce pays », apprenait-on dès le 26 juin, en consultant le site Internet du Nouvel Observateur. Il est grand temps, sauf à oublier l’Irak et sa guerre !
Bénédicte Rallu
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