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Pigiste au foyer... C’est pas un métier !

Stéphanie Bujon a choisi d’être pigiste pour voir grandir ses enfants. Elle ne fait pas bouillir la marmite, mais parvient à être efficace entre biberons et legos, avec tout ce que ça représente d’épanouissement personnel et professionnel. Enfin, quand les enfants ne sont pas malades...

  • Vous travaillez ? Demande régulière- ment le médecin de famille.
  • Euh... oui, un peu. Je travaille à la maison, réponds-je presque en m’excusant.
  • Ah bon, vous faites quoi ?- Journaliste-pigiste.
  • Donc, vous gardez vos enfants à la maison.
  • Oui, oui...

Et je lis dans l’esprit du médecin, et de l’institutrice, et de la directrice de la halte-garderie, et de mon beau-père, que j’ai bien de la chance de pouvoir gagner de l’argent en écrivant des articles légers pendant que mes enfants dansent la carmagnole dans mon ap- partement. « Au moins, elle peut gagner sa vie tout en exerçant sa passion et en voyant grandir ses mouflets » pensent-ils tous.

Certes, c’est un choix que j’assume, que j’adore. Mais quant à avoir de la chance, à gagner ma vie, à ce qu’il s’agisse d’une passion, c’est beaucoup dire. Mère au foyer à plein- temps - 168 heures par semaine - de deux bambins de 18 mois et 4 ans, je slalome entre les horaires de chacun pour parvenir à faire une interview pendant une sieste ou pendant un bain calme. Pas comme aujourd’hui où l’un est devant une vidéo de Mickey - avec musique assortie - et l’autre chantonne dans son lit à barreaux en tapant sur le mur. Je fais des détours invraisemblables pour attraper au vol des rédactrices en chef qui partent déjeuner quand je commence à travailler et commence à travailler quand c’est l’heure de déjeuner.

J’ai appris à taper à l’ordinateur avec deux petits sur mes genoux dont l’un fait un dessin et l’autre veut jouer à « hue dada ». Le temps dont je dispose me permet cependant de remplir une rubrique de mensuel féminin, et de ce fait de parler en pleine journée à des personnes qui font des phrases de plus de 5 mots. C’est finalement le seul moyen que j’ai trouvé pour gagner légalement un peu d’ar- gent en gardant mes enfants sans être assis- tante maternelle.

Des conseils ? Considérer une bonne fois pour toutes, même si on n’ose pas le dire à tout le monde, qu’on travaille vraiment. Avoir des horaires pendant lesquelles on doit travailler. Savoir s’arrêter quand la tension monte trop. Prendre le risque d’être dérangé au milieu d’une interview téléphonique par un grand bruit d’eau dans la salle de bain. Au fond, qu’est-ce qu’on a vraiment à perdre ? Ne pas culpabiliser pour la vidéo de Mickey et le bébé qui chantonne dans son lit tout seul. Se rappeler que, si on ne permet pas à sa famille de vivre « aisément », au moins on fait des économies de nounou. Remercier son mari (sa mère, son fils) qui paye le loyer. Et enfin se souvenir, si c’est le cas, qu’on a choisi de travailler à la maison pour être près de ses enfants, et pas l’inverse.

Stéphanie Bujon

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