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Pigiste éco au Point

Après dix ans dans la publicité, Domitille Arrivet a poussé les portes du CFPJ et de Sciences-Po pour réaliser son rêve : devenir journaliste. Pigiste au service économie du Point depuis trois ans, cette jeune mère de famille ne regrette rien. Portrait d’une fonceuse.

« Le papier, j’ai toujours adoré ça », sourit Domitille. C’est cette passion qui l’a conduite vers le journalisme. « En seconde, la prof d’économie nous avait donné un exercice sur la pub. J’avais trouvé ça très intéressant et je me suis dit : je vais travailler là-dedans. J’ai fait une classe prépa puis l’ISG (Institut supérieur de gestion) à Paris. »

À la fin de l’ISG, Domitille souhaite toujours travailler dans la publicité ou le marketing, mais elle a « aussi envie de poursuivre des études et d’entrer à Sciences-Po ». Hélas, l’ISG n’est pas reconnue par l’Éducation nationale à l’époque. Impossible donc d’obtenir la moindre équivalence. « J’ai laissé tomber et commencé à travailler dans la pub », explique-t-elle. Mais elle n’abandonne pas la presse pour autant : « Pendant dix ans, mon boulot a consisté à vendre des espaces publicitaires dans la presse. »

Elle intègre d’abord la régie publicitaire de Paris Match International. « Je travaillais à mi-chemin entre la presse et la pub, puisque tout en vendant des espaces publicitaires, nous faisions des publireportages à l’étranger. » Domitille voyage beaucoup, passe dans le Groupe Marie-Claire, travaille un temps en agence de pub, mais l’envie d’être « la journaliste de l’équipe » est de plus en plus forte : « À un moment, j’ai compris que la pub n’était vraiment pas ce que je voulais faire. »

On est en 1999. Domitille travaille alors à la régie publicitaire du Figaro. Elle passe les concours de Sciences-Po Paris et du CFPJ. « À ma grande surprise, j’ai réussi les deux ». Elle demande un report à Sciences-Po et commence par suivre les cours du CFPJ, option presse écrite. Elle travaille en même temps dans le groupe Hachette. « J’avais une demi-journée de cours par semaine. C’était le passage aux 35 heures, j’avais donc quatre heures de libre par semaine. Coup de bol ! », commente-t-elle aujourd’hui. Une formation intégralement pratique : « Le CFPJ m’a appris à ne pas avoir peur de la page blanche, à me lancer, à écrire vite. »

Elle demande un congé individuel de formation à son entreprise et entre à Sciences-Po. « Cours passionnants, profs très engagés dans leur travail, étudiants hyper brillants... j’ai adoré ! » Au cours de sa première année à Sciences-Po, Domitille effectue un stage de trois mois au service économie du Point. « Le dernier jour, mon chef, Patrick Bonazza [rédacteur en chef Économie], m’a dit : “ben voilà, t’es pigiste !” » Elle continue donc à rédiger des papiers dans le temps que lui laisse Sciences-Po, « pas très souvent, mais assez pour ne pas me faire oublier ». Ne pas se faire oublier, une règle qu’elle n’a cessé de suivre depuis. « J’ai fait mon trou au Point parce que j’étais très présente. C’est parce que je suis là qu’on pense à moi et que je peux proposer plein de sujets. C’est très rare qu’on me téléphone pour m’en confier un ! ».

Après Sciences-Po, Domitille travaille quasiment à plein temps au Point. Deux sujets lui valent d’être remarquée : « Buffalo Grill, d’abord, fin 2002. Beaucoup de monde dans la rédaction était en vacances. J’étais à peu près la seule à me mobiliser sur le sujet. J’ai commencé par une brève, puis une page, deux, et puis quatre pages. Le soir du réveillon de Noël, à 19 h 00, j’étais encore au Point à faire des interviews téléphoniques ! », se souvient-elle. L’autre article porte sur le succès soudain de la Vache qui rit outre-Atlantique. Son expérience professionnelle, Domitille la met à profit comme pigiste. « Je suis sensible à tout ce qui est consommation, tendances, marketing, emballage.

C’est d’ailleurs dans ces domaines que mon chef, sans le dire, m’a un peu spécialisée », indique-t-elle. À l’occasion, elle écrit dans la rubrique Sciences-Environnement. « Mais c’est un domaine dans lequel je ne me sens pas du tout à l’aise. Un pigiste doit sans arrêt proposer des choses, donc garder en permanence les yeux et les oreilles grands ouverts. Diificile de le faire sur plusieurs secteurs à la fois. Pour moi, c’est trop. » Financièrement, comme pigiste, Domitille gagne « environ quatre fois moins que dans la pub ». « J’ai un mari qui travaille et gagne correctement sa vie. Sans lui, je n’aurais jamais pu faire ce parcours », reconnaît-elle. Pourtant, sa vie précédente ne lui inspire « aucun regret ».

C’est que le stress aussi a baissé. « Quand je travaillais dans la pub, il y avait une nuit sur deux où je ne dormais quasiment pas, tellement j’étais stressée. Maintenant, ça ne m’arrive presque jamais. » Aujourd’hui, elle dort mieux et dit avoir « toujours envie de se lever ». Autre différence entre ses deux métiers : « Comme journaliste, et surtout comme pigiste, on est assez désengagé. Si tout ce que l’on te raconte est nul ou inintéressant, tu as toujours la liberté de ne pas l’utiliser. » Heureuse mère de deux enfants, Lucien, 3 ans et demi, et Émile, 15 mois, Domitille avoue « courir un peu ». « Mais le fait d’être pigiste permet de concilier vie professionnelle familiale. Pas d’horaires de bureau, pas de dates de vacances à poser. Bien sûr, les journées sont courtes : 9 h 00-16 h 00, si je veux être à l’heure pour aller chercher mon fils à l’école. Et faute de contrat, quand je pars en vacances, j’ai toujours peur de ne plus travailler au retour. » Vaine angoisse jusqu’ici, Domitille restant « l’une des pigistes les plus régulières dans le service ».

A 39 ans, elle vient d’entamer une collaboration au mensuel Management. « C’est un plus, indique-t-elle. Ma passion, c’est toujours Le Point, mais c’est la vie de tous les pigistes d’aller chercher d’autres supports. » L’occasion de découvrir une spécificité des titres de Prisma Presse : les briefs de lancement. « Sur cette feuille, on te dit que tu dois écrire tant de signes, avec un encadré et trois chiffres qui veulent dire ceci, après tu dois interviewer deux personnes de telle entreprise, deux autres de telle autre, et éventuellement une autre si tu as une autre idée, et à la fin, tu dois dire ceci, ceci, et cela, et c’est à rendre pour telle date », indique-t-elle. En janvier 2006, Domitille suivra une autre formation du CFPJ, cette fois en radio. Un média dont elle se sent proche. « J’espère apprendre à ne pas avoir peur du matériel, des micros, à dire les bons mots, sur le bon ton, dans le temps imparti. » Son idée ? « Travailler sur le même domaine dans deux médias différents et non concurrents. » Son vœu le plus cher ? « Être embauchée au Point. Si on me le proposait, je mettrais une croix sur ce qui me plaît dans la vie de pigiste et je foncerais. » Question d’habitude.

Cyril Trépier

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