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Emilie Gillet

Elle a 28 ans, parcourt aisément le labyrinthe de la pige depuis quatre ans et conçoit son métier d’une manière très déontologique. Si c’est le hasard qui a amené Émilie Gillet à exercer le métier de journaliste pigiste,, elle n’imagine désormais pas sa vie autrement.

Émilie Gillet n’avait pas vraiment rêvé d’être journaliste pigiste. Et pourtant, « aujourd’hui, déclare la jeune femme, je ne pourrais pas trouver un boulot qui me convienne mieux ». Cette jeune Lyonnaise entreprend d’abord des études scientifiques. « J’étais plutôt partie pour faire de la recherche, mais j’ai réalisé que dans le milieu scientifique existe un véritable problème de communication. » À 21 ans, après une maîtrise de biologie, la jeune femme intègre la filière de journalisme scientifique proposée par l’ESJ de Lille. « Les sciences restent fondamentales pour moi, le journalisme n’étant qu’un moyen pour en parler au plus grand nombre. Mais le grand luxe de ce métier, c’est de pouvoir apprendre tous les jours. » À sa sortie de l’ESJ, Émilie découvre, comme beaucoup d’autres, qu’école de journalisme ne rime pas forcément avec « CDI assuré ». Elle travaille alors six mois en CDD à L’Usine nouvelle, un hebdomadaire destiné aux ingénieurs. « Je n’y connaissais rien, se souvient-elle en souriant, et cela m’a définitivement convaincue qu’un journaliste doit être capable d’écrire sur n’importe quel sujet. »

Un premier client à l’issue d’un CDD

Puis Biotech.Info, une lettre d’information et de veille où elle effectue un remplacement, lui fait comprendre à l’issue de son contrat qu’elle est la bienvenue en tant que pigiste. « J’étais restée sur ce qu’on nous avait appris à l’école – que les pigistes ne trouvaient jamais de travail... » Ce qui ne l’empêche pas de se lancer dans l’aventure... et de tenir là son premier client.

Grâce à des anciens de l’ESJ, elle accomplit ses premiers pas dans le monde de la pige : « Au début, j’ai essayé de me débrouiller seule, mais les démarches n’aboutissaient jamais. Mes copains m’ont orientée vers des canards qui pouvaient être intéressés et, peu à peu, ça a marché ! Mais j’ai très vite compris qu’il fallait arriver dans les rédactions en disant : “J’ai quelque chose qui peut vous intéresser” et pas “je veux piger pour vous”. » Depuis quatre ans, Émilie vit donc de son travail de journaliste pigiste : « Biotech.Infos représente 30 % de mes revenus, Citizen press, une agence de presse spécialisée dans la réalisation de revues de collectivités, 30 % également. Je travaille aussi pour La Recherche, un mensuel principalement écrit par des chercheurs, où je m’occupe de la partie actualité, ainsi que pour Cheval Magazine, que j’apprécie particulièrement parce que les articles, plus longs, me demandent un effort d’écriture et une vulgarisation encore plus poussée. »

Plus de contact avec les rédactions

Pour la jeune femme, le métier de journaliste tel qu’elle l’exerce offre de nombreux avantages : « Je m’organise comme je veux, travaille sur des sujets qui, la plupart du temps, me plaisent, prends des vacances relativement souvent... et tout ça en gagnant bien ma vie ! » Mais Émilie a également conscience des manques qui accompagnent le métier de pigiste : « On est toujours seul pour rechercher l’information alors que dans une rédaction, il y a une certaine émulation. De même, sans souffrir de réunionnite aiguë, j’éprouve le besoin, parfois, de discuter avec quelqu’un d’un sujet auquel je travaille. Enfin, trop de supports remanient le papier rendu, sans donner aucune explication sur les corrections. Dans ce cas-là, lorsqu’on est pigiste, comment progresser et ne pas continuer de commettre les mêmes erreurs ? »

Aujourd’hui, Émilie le reconnaît : « Il faudrait vraiment un super poste pour que je change de fonctionnement. » Elle suit donc son bonhomme de chemin dans le monde de la pige... sans faire de concessions. « Petit à petit, j’ai appris les règles. Ce n’est pas agréable de devoir se battre tout le temps, de se vendre puis de réclamer son dû. Mais je suis très vigilante sur mes droits, je me bats notamment, farouchement, contre l’abattement des 30 %. » Et la jeune femme, qui doit régulièrement expliquer à ses parents qu’« un pigiste est un vrai journaliste », le dit haut et fort : « C’est un milieu où l’on se plaint beaucoup mais je suis convaincue qu’une personne pas bête et avec un peu de confiance en elle trouvera du boulot. »

Charlotte Clergeau

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