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Le pigiste polonais à l’assaut du marché français

Vous avez été sensible au sex-appeal du plombier polonais ? Voici maintenant le pigiste polonais. Selon un article de La Libre République du 22 mars dernier, la France compterait 295 pigistes originaires de Pologne employés par des journaux français.

Ceux qui prédisaient une invasion de pigistes polonais ne se sont pas trompés », a indiqué la Commission de Bruxelles dans un communiqué. C'est une réalité: jamais les pigistes n'auront autant fait parler d'eux, qu'ils parlent la langue de Voltaire ou celle de Varsovie. Cette semaine encore, dans notre boîte aux lettres, un courrier a retenu notre attention. Il émane du Groupe général de presse qui propose des « piges en langue polonaise traduites en français par des traducteurs travaillant à leur compte, eux-mêmes polonais ». Puis le texte dramatise, en caractères gras : « Vous le savez sans doute, il y a un manque de pigistes en France » Les quelques articles que nous avons pu lire montrent que les rédactions concernées vont connaître quelques déboires face à des papiers mal traduits et bourrés de fôtes d’hortaugraffes. Comme le précise la note à l’at- tention d’un rédacteur : « Votre article compte plus de 150 fautes au feuillet [...]. En le publiant, il y a un risque pour que ça tourne mal. »

Le commissaire européen Fritz Blouktein, auteur contesté du projet de directive sur la libéralisation des services en Europe, ne pouvait pas deviner que sa formule sur le « pigiste polonais » allait connaître une belle carrière. L'énervement des Polonais en est la cause. On était déjà « saoul comme un Polonais ». Les nouveaux entrants de l'Union européenne n'avaient guère besoin que l'on en rajoute en faisant du malheureux pigiste polonais la cause du « non » français au projet de Constitution. Il fallait réagir. La contre-attaque est venue du ministère de l'Économie, à Varsovie, dont dépend l'Organisation polonaise de la presse. Elle a d'abord pris l'allure d'une apparition imberbe sur fond d'air pur et champêtre : un pigiste blondinet aux airs de Minitel rose, avec un stylo et un bloc papier porté en cor de chasse et une bretelle de tablier subtilement arrachée pour dégager biceps et pectoraux. Et pour commentaire : « Je reste en Polo- gne, pigistes français, venez nombreux. »

Les pigistes français se rueront-ils désormais en transe vers les cités hanséatiques de Poméranie ou au festival    Chopin    de    Basse-Silésie ?    L'effervescence    se fait au moins sentir dans les rédactions polonaises.

Les appels téléphoniques sont incessants, la presse réclame des informations, les entrées quotidiennes sur le site Internet (http://www.pigiste.pologne.net) ont quasiment quintuplé. « C'est fou, je n'ai jamais vu un truc pareil ! observe Elzbieta Gdanisk, chargée de la communication au ministère de l’Économie. On ne s'attendait vraiment pas à ça... »

Émile Durand-Djarovik

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