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La presse va mal

Première année : il paraît que la presse va mal. Le métier va mal. Impossible d’y croire. Mes pre- mières armes dans la pige, et déjà tout serait condamné ? J’entends les vieux de la vieille du métier, ceux qui bossaient déjà il y a vingt ans, il y a trente ans. Ils disent que c’était mieux avant, que l’herbe était plus verte dans leur jardin. Je ne m’y résous pas.

On prête à Socrate une phrase fameuse prononcée il y a 2 400 ans : « La jeunesse d’aujourd’hui est décadente ». Je me dis avec certitude qu’il doit en être de même pour le travail : demain est toujours pire qu’hier. Et comment puis-je entendre ces plaintes sans me démoraliser ? Je ne peux pas me permettre de leur donner le moindre cré- dit parce que ce serait une excuse formidable pour ne plus lever le petit doigt, pour me laisser aller et me dire que c’est la faute à « pas moi ». Non, mais avec un peu de système D et sans trop compter sur les autres, je dois pouvoir m’en sortir. Voilà pour la première année.

Deuxième année : il paraît que la presse va mal. Le métier va mal. Des journalistes, j’en ai croisé un paquet depuis l’année dernière. Ils sont tous d’accord : ils ne vont pas bien. Ils m’ont conseillé des bouquins. J’ai lu Birenbaum, Ruffin, Carton, Halimi, Dor et Valette. Tout d’un coup, ça allait beaucoup moins bien. J’ai passé des concours, visité des rédactions, reçu des bulletins de salaire et j’ai commencé à penser qu’effectivement la presse allait mal, que si je rencontrais des difficultés, ce n’était pas uniquement parce que je n’étais pas assez démerdard mais parce que les systèmes de recrutement, de publication et de rédaction étaient bloqués à certains endroits. Ma résignation gagne du terrain. Mais avec elle une meilleure connaissance des rouages... et des feintes.

Troisième année : il paraît que la presse va mal.

Jean Chabod-Serieis

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