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La fausse parole

Tout journaliste qui se respecte trouvera intérêt à se plonger dans l’œuvre d’Armand Robin. Écrivain, homme de radio, essayiste, poète, traducteur, théoricien de la traduction, Armand Robin (1912-1961) a épousé la cause prolétarienne de son temps. De ce personnage inapte à la concession, on retiendra un essai : La Fausse Parole, publié en 1953 par les Éditions de Minuit, et réédité au milieu des années 80 par l’éditeur charentais Le temps qu’il fait.

La principale occupation professionnelle d’Armand Robin, à partir de la Deuxième Guerre mondiale, fut d’écouter et de décrypter les radios de propagande diffusées sur les ondes courtes qui ont maillé la surface du globe pendant la guerre froide. Il en tirait un « bulletin d’écoutes » diffusé à quelques abonnés prestigieux : Élysée, Vatican... La Fausse Parole est une synthèse d’une pertinence absolue, une grammaire du discours de propagande qui annonce la « mise à mort du verbe » et procède à une mise en abyme vertigineuse. Où l’on découvre que le monde libre, en matière de propagande, ne fait finalement office que de suiveur par rapport aux radios de l’ex-URSS et que la vérité n’est pas forcément là où on l’attend.

Esprit d’une lucidité implacable, malmenant les convenances intellectuelles, Armand Robin sut aussi être visionnaire à ses heures. En 1953, il écrit à propos de la télévision naissante : « L’engin à images ne fait, pour l’instant, que plaire ; mais si peu qu’on y réfléchisse et qu’on ait en l’esprit le conditionnement d’ensemble de cette époque, il est logiquement appelé à servir de redoutables opérations de manipulations à distance ; il ne se peut pas qu’à travers lui ne soient tentés de travaux visant à dompter, à magnétiser de loin des millions et des millions d’hommes ; par lui, une chape d’hypnose pourrait être télédescendue sur des peuples entiers de cerveaux, et cela presque subrepticement, sans que les victimes cessent de se sentir devant d’agréables spectacles. »

Cinquante ans après, ce texte court offre un ensemble de clefs pour comprendre la propagande moderne, qu’elle soit politique ou commerciale.    

Yann Kerveno

Armand Robin, La Fausse Parole, Le temps qu’il fait, 146 pages

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