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Journaliste

Indépendant, free lance, pigiste, les dénominations que nous pouvons nous coller sur le dos pour aspirer, tranquilles, à une légitimité sociale jamais vraiment acquise, sont multi- ples.
Le terme indépendant est séduisant pour nos ego meurtris, il signe à la fois la liberté qui nous est chère, voire un soupçon d’esprit rebelle largement oublié de nos jours dans une pro- fession normalisée et standardisée par la dictature du calibra- ge. Mais il renvoie, c’est l’ambiguïté, au statut de travailleur indépendant que nous ne pouvons prétendre être puisque nous sommes - selon la loi (article 761.2, alinéa 4 du code du travail) - des salariés...

Le terme Free Lance que nous utilisons parfois confine peut-être plus à la quête d’un mythe du journaliste, anglo- saxon il va de soi. Free lance me semble évoquer le journaliste au long cours, celui qu’on vient chercher à cause de sa réputa- tion, le baroudeur, reporter de guerre par exemple.
Reste pigiste. J’entends déjà les complaintes des sirènes de mauvais augure me susurrer que le mot pigiste est une men- tion dévalorisante, qu’il nous confine à la marge de la profes- sion, entre le CDD et le correspondant local de presse, quand ce n’est pas le débutant gauche. Certes, pigiste est souvent employé dans ces acceptations par ceux qui n’y connaissent rien.

Pourquoi tant de digressions pourtant ? La pige n’est pas un statut, nous sommes journalistes n’est-ce pas ? Alors commençons par nous en convaincre nous-mêmes ! Revendiquons notre qualité de journaliste en premier lieu, puis celle de pigiste comme un supplément non d’âme, mais de liberté et d’indépendance. Et n’oublions pas d’avoir une pensée pour nos deux confrères détenus en Irak, que plus personne ne dé- nomme “pigistes” aujourd’hui, mais simplement “confrères” justement.

Yann Kerven, président de Profession : pigiste

yann.kerveno@free.fr

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