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IUT de Bordeaux : une rédaction in vitro !

Les étudiants de l’IUT de journalisme de Bordeaux remettent chaque semaine l’ouvrage sur le métier en réalisant leur journal Imprimatur. Une simulation en prise directe avec leur futur professionnel.

Seul quotidien hebdomadaire, gratuit sans publicité, traitant de l’actualité d’une ville mais disponible dans un seul de ses quartiers : Imprimatur est un journal paradoxal, dontle titre n’est pas la moindre singularité. Cette « permission d’imprimer donnée par l’autorité ecclésiastique » est finalement peu représentative de l’ambiance potache des conférences de rédaction qui réunit le lundi matin les étudiants en première année de l’IUT de journalisme de Bordeaux.

Depuis septembre 1967, Imprimatur est leur apprentissage grandeur nature – contrôle continu à la clef – de la pêche aux sujets, de la pertinence des photos, de la mise en page, ou tout simplement de la nécessité de rendre le nombre de caractères convenu pour le bouclage du mardi à 14 heures. Si la rédaction en chef est assurée par les étudiants grâce à un système de rotation, les professeurs - Gaël Le Dantec, Jean-François Brieu et José Rodrigues - affinent le choix des sujets et de l’iconographie. « Sud-Ouest, Radio France, les urgentistes en page 2, ça fait que des grèves ! », s’exclame un étudiant.

« Ce n’est pas inintéressant de faire une page grève, cela créé une unité », argumente Jean-François Brieu. Au fur et à mesure de la distribution des articles, les équipes partent en reportages, équipées de leurs appareils photo numériques, mais prévenues de la tentation de ‘‘remplir’’ avec un cliché trois quarts de page, encore moins si le visuel est fourni ou récupéré ! Pour des événements comme la Foire internationale de Bordeaux, Imprimatur compte parfois 8 pages, voire 12. Et le titre a connu des heures marquantes : 1968, le mouvement étudiant de 1995, le festival de théâtre Sigma. Il a ‘‘portraituré’’ des personnages de l’histoire contemporaine : le général de Gaulle, le général Audran, exécuté en 1985 par Action directe. « Un connard de moins sur terre », commente le journal. Le rectorat s’indigne et le conseil d’administration de l’IUT démissionne en bloc.

Une école de la pige ?

« Aujourd’hui, les débats sont moins politiques et plus sur le métier. Il y a un côté restons dans le cocon », commente Jean- François Brieu. 46 places ouvertes en 2005 aux centaines d’impétrants : on comprend le goût des étudiants pour le ‘‘cocon’’. Ils s’en échappent pendant les stages pour se frotter à la réalité des entreprises de presse. Mais c’est à l’IUT qu’ils ont le luxe de découvrir la ligne éditoriale de magazines partenaires et d’apprendre des professionnels intervenants. Les étudiants réalisent des articles qui sont publiés dans des magazines nationaux ; Terre Sauvage cette année. « S’il y a publication, doit-il y avoir rémunération ? Il y a eu débat », indique le professeur.

C’est le système de l’échange – articles contre interventions des journalistes – qui a été choisi. Pour ces étudiants « très intéressés par la presse magazine », c’est une première expérience de la pige. Elle sera leur lot quotidien au sortir de l’IUT car c’est souvent la seule façon de pénétrer le secteur. Mais si cette mise en situation se rapproche de la réalité, il n’existe pas de module ‘‘spécial pigiste’’ à l’IUT. « Pour être pigiste, il faut être une machine à proposer des sujets, c’est très difficile », insiste Jean-François Brieu. Le temps école est-il suffisant pour aguerrir les futurs professionnels ? « Ils sont très fragiles. Ils peuvent être bluffants une semaine, et chuter la semaine suivante. »

Mais au fur et à mesure que les étudiants se saisissent des outils et des techniques, la progression est patente. « Au départ, on leur demande de traiter une dépêche, et à la sortie de rédiger un mémoire de 80 pages. Parfois, à la faveur d’un stage, le changement peut-être spectaculaire, physique et mental. » Evolution mais plus question de révolution. « Ils restent très classiques. Quand j’ai commencé, ils voulaient tellement tout changer, c’était d’un ennui », se souvient Jean- François Brieu. L’envie du métier est, elle, intacte. 1 529 dossiers de candidatures ont été déposés pour la prochaine rentrée.

Emmanuelle Fère

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