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De la presse internationale au mag de rue

Après cinq ans passés à Londres, Muriel Boselli revient en France. Elle pige entre autres pour la presse agricole,, économique et environnementale avant de lancer son projet: Cause Célèbre,
un magazine de rue écrit par des journalistes et vendu par des sans-abri.

Il y a trois ans, juste après la naissance de son fils, elle se lance dans la pige. « Je travaillais surtout pour le Farmer's Weekly, l’Agricultural Supply Industry, un hebdomadaire anglais, ou encore pour l’Agence européenne pour l'environnement. Je traduisais aussi différentes choses comme les textes du site de Gotan Project, des chansons pour Warner et des synopsis de films pour des maisons de production ». Si elle apprécie la liberté que lui confère sa qualité de pigiste, la solitude et la précarité lui pèsent certains jours.

Dès l’âge de 12 ans, Muriel sait qu’elle veut être journaliste. « Après le bac, on m’avait dit que l’histoire était une bonne filière pour intégrer plus tard une école ». Elle choisit donc d’entrer en faculté d’histoire. « Et puis, arrivée en licence, j'ai eu le choix entre partir un an à Londres, avec le programme Erasmus, ou rester en France et intégrer une école de journalisme. » Elle décide de tenter le coup en Angleterre, sans pour autant perdre son objectif de vue. « J’avais toujours envie de devenir rédactrice, mais je voulais m'y prendre à ma façon. L'école de la vie valait bien une école de journalisme. » C’était en 1995. Un an plus tard, sa maîtrise en poche, elle travaille quelque temps dans une entreprise d’import-export. Puis elle intègre l’Agricultural Supply Industry (ASI), un hebdomadaire spécialisé « agri-business », qui traite de thèmes comme les OGM ou de l’actualité de sociétés type Monsanto. « Ils m’ont recrutée et formée en interne. Côté travail, les Anglais ont une ouverture d’esprit étonnante. »

Elle reste deux ans et demi à l’ASI. Puis elle répond à une annonce de BridgeNews, une agence de presse américaine, spécialisée en économie, politique et finances, qui cherche à envoyer des correspondants en France. Une occasion en or pour la jeune journaliste. « À cette époque, je voulais absolument rentrer, par n’importe quel moyen. D’abord pour des raisons financières, la vie à Londres est tellement chère ! Ensuite, côté boulot, il me semblait avoir fait le tour.

Après cinq ans passés à Londres, Muriel Boselli revient en France. Elle pige entre autres pour la presse agricole, économique et environnementale avant de lancer son projet: Cause Célèbre, un magazine de rue écrit par des journalistes et vendu par des sans-abri. Tant que j’apprenais et que mon boulot représentait un défi à relever, ça allait. Mais ce n’était plus le cas, d’autant que j’étais limitée par les barrières de la langue : je parle d’abord le français, même si je suis anglaise par ma mère ». La mentalité « très individualiste » des Anglo-Saxons commence aussi à lui peser. « Les Britanniques ont des codes et des rapports entre eux dont je n’avais plus envie. »

Muriel revient à Paris en janvier 2000, sous contrat avec BridgeNews. Mais quelques mois plus tard, l’agence fait faillite. Elle commence à piger alors qu’elle vient de fêter ses 30 ans et fait le point :« Je ne savais plus très bien de ce que je souhaitais. Si je voulais vraiment continuer à être pigiste ou partir vers quelque chose de nouveau. » Elle se lance finalement dans ce projet de création d’un magazine : Cause Célèbre. « C’était l’occasion, et on en a peu dans la vie. » Le principe du mensuel ? Rédigé par des journalistes, il est vendu dans la rue par des sans-abri. L’idée a mis plusieurs années à germer. « En fait, je n’ai jamais pu acheter de magazines de rue en France. Alors qu’à Londres, j’achetais The Big Issue toutes les semaines ! » Premier city mag, à l’origine du concept : vendu par des sans-abri et écrit par des journalistes. « Ils avaient des couvertures incroyables, un contenu intéressant avec des rubriques vraiment drôles. Je le dévorais. En France, je ne trouvais pas ces magazines attirants. De plus, les vendeurs dégageaient quelque chose de très négatif. J’avais beau faire des efforts, je n’arrivais pas à les acheter. »

Réflexion faite, The Big Issue n’a pas son pendant en France. En février 2004, Muriel contacte l’INSP (International network of street papers)1. Elle tombe à pic, puisqu’ils préparent leur conférence annuelle. « Elle se déroulait à Glasgow. J’y suis allée trois jours et j’ai pu rencontrer et discuter avec d’autres personnes qui avaient monté le même type de projet en Afrique, en Amérique du Sud, dans les pays nordiques... Ç’a été le déclic. » À son retour, elle refuse même le poste qu’on lui propose dans un hebdo consacré à l’industrie cosmétique. Mais le projet est trop lourd à porter seule. Elle est rejointe par un ami et confrère, Matthieu Fontaine, pigiste lui aussi. Ensemble, ils consacrent tout leur temps
à la réalisation de dossiers et préparent un pilote avec un troisième ami, graphiste.

« Il nous fallait quelque chose de concret pour trouver des financements ». Ni la Mairie de Paris ni la Région ne les soutiennent. Ils doivent recourir à des fonds privés (la Fondation Caisses d’Épargne pour la solidarité et le Secours catholique). « Puis nous avons conforté l’équipe rédactionnelle. » Muriel est rédactrice en chef et Matthieu, son adjoint. Après avoir publié une annonce sur Categorynet, ils reçoivent deux cents CV, parmi lesquels dix sont retenus.

Toute l’équipe est pigiste et bénévole. « Notre action est avant tout sociale, rappelle Muriel, les SDF sont entre dix et vingt mille en Île-de-France et ce projet est un moyen de réinsérer ceux d’entre eux qui le souhaitent et qui sont motivés. » L’équipe collabore étroitement avec les travailleurs sociaux, qui transmettent le message et suivent les vendeurs recrutés. « Ils nous appellent, nous envoient des SDF motivés, auxquels nous faisons passer une sorte d’entretien. » Le vendeur, s’il est retenu, repart avec cinq numéros, à vendre à un endroit choisi au préalable. « Puis il a le choix : soit il revient acheter d’autres magazines, desquels il gardera plus de la moitié du prix de vente, soit il garde tout et on ne le revoit pas. » La tâche semble difficile. Si l'équipe de journalistes reste motivée, les vendeurs le paraissent moins. Intransigeante quant à la qualité visuelle et rédactionnelle du contenu, Muriel garde pour principale préoccupation la réinsertion de personnes en grande difficulté. « Même si pour l’instant ils ne sont pas très assidus et ne se rendent pas compte de l’importance du rôle qu’ils ont à jouer. C’est une entreprise à long terme. Il faut du temps. » Le magazine n’a encore que trois mois. « Il nous faudrait une cinquantaine de vendeurs pour que le projet soit viable. Nous en avons une vingtaine, jamais les mêmes, mais cela viendra. En attendant, nous continuons à chercher des financements. »

Delphine Barrais

 

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