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D comme Déjà

« On a déjà ce qu’il faut, merci ! » Dans la prospection téléphonique, c’est la première barrière à passer. Le réd’chef la ressasse tellement souvent que c’en est devenu comme une seconde respiration. Bien sûr qu’il a déjà tout ce qu’il faut... comme journalistes. Mais pas comme articles. Le papier que vous lui proposez, personne ne l’a, il faut vous en convaincre. Et ce fameux réd chef récalcitrant n’attend qu’une chose : que vous lui proposiez un sujet très précis, anglé et bien ficelé. Il faut vous assurer que son refus n’est pas le refus
d’un journaliste en général mais d’un article en particulier. Il faut batailler sur l’article et uniquement sur lui, le défendre pied à pied, convaincre votre interlocuteur
que ce n’est pas vous qui êtes génial mais le papier. C’est un peu comme dans l’industrie du pétrole : l’entreprise extrait du pétrole brut invendable, puis elle le traite dans ses raffineries afin de le décliner en plusieurs combustibles. Le pigiste extrait un sujet brut invendable, puis il le raffine en lui donnant un angle et un format qu’il peut décliner pour plusieurs supports. Si un réd chef vous dit qu’il a « déjà ce qu’il faut », c’est peut- être que votre pétrole est encore trop brut, pas assez manufacturé.

Jean Chabod-Serieis

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