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Culture zen

Bureau Eric Delon

À rebrousse-poil de l’image d’Épinal du bureau de pigiste surchargé, branlant, bref, bordélique, je cultive une organisation spatiale zen. Moine pigiste ?

Le bureau de ma moitié qui elle aussi, nul n’est parfait, fait profession de plumitif, est en tout point différent du mien. Débordant de dossiers, d’articles à lire, de fiches à classer, il m’apparaît comme l’archétype de l’organisation spatiale bordélique... Bref, un repoussoir. À l’inverse, afin de mettre de l’ordre dans mon esprit passablement éparpillé par la dimension multitâche du pigiste (trouver des sujets, se faire respecter, toucher son dû...) et par mes problèmes récurrents de concentration (aggravés par l’« e-mail addiction »), je plébiscite le dénuement zen : un ordinateur, une lampe de bureau, un magnétophone, un téléphone-fax, des ribambelles de Post-it et un fourre-tout en bois Ikea (crayons, ciseaux...).

Conséquence logique : à l’ère de la dématérialisation des supports, je ne constitue quasiment aucune archive, qui rime pour moi avec inutilité et encombrement à l’heure de l’Internet. J’assiège toutefois régulièrement les services de documentation des rares canards qui en sont dotés afin d’enrichir mes enquêtes. Une fois ces dernières rendues : classement vertical de la doc’ avec l’impression d’avoir accouché... Après avoir squatté ma chambre pendant plusieurs années – réalisant au passage que j’y passais près de 75 % de mon temps – j’ai opté, lors d’un déménagement providentiel, pour un coin confortable de notre double séjour (un privilège indigne pour un pigiste ?).

Depuis, chaque matin, j’ai presque l’impression de quitter mon domicile pour gagner la niche, je veux dire le bureau, comme mon voisin de palier, agent d’assurances en banlieue parisienne. Quelques hectomètres dans l’organisation physique de mon travail, un pas de géant pour mon bien-être mental. Un bémol, toutefois, le mercredi, lorsque je dois jongler entre l’interview du DRH de Carrefour et les hurlements de mon aîné (5 ans) qui tente, tant bien que mal, de récupérer auprès de sa petite sœur (1 an) la locomotive de son train électrique... Mesure-t-il seulement la chance, grâce à mon auguste personne, d’être déjà de plain-pied dans l’univers professionnel ?

Eric Delon

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