Votre réseau

Profession Pigiste sur Linked-In  

Proposez une pige

Vous recherchez un journaliste pigiste pour effectuer un ou des reportages, devenir correspondant sectoriel ou régional. Soumettez votre offre d'emploi ou de pige.

Adhérez

Rejoignez le réseau des journalistes pigistes. Pour avoir accès à des fonctions privées du site web, recevoir les offres d'emploi et de piges, être en contact avec les autres membres. Accédez au formulaire d'adhésion.

Evènements

Info-Piges

Newsletter gratuite

Syndiquer le contenu

Comment piger pour le web ?

Le 29 octobre dernier, le statut d’éditeur de presse en ligne a été reconnu par la commission paritaire des publications et agences de presse (CPPAP) et précisé par décret au Journal Officiel. Concrètement, qu’est-ce que cela change et qui va en bénéficier ?  Est-ce que cela permettra de produire des barèmes de rémunération minimale pour les journalistes -mensualisés et pigistes- qui travaillent en ligne ?
Le jeudi 27 mai 2010 à 19h00, l’association « Profession : pigistes » a organisé un 'Apéro-pigistes' pour en discuter avec Eric Marquis, en tant que Président de la Commission de la Carte d’Identité des Journalistes professionnels et Laurent Mauriac, Co-fondateur de Rue 89 et vice-président du SPIIL, le Syndicat de la presse indépendante d'information en ligne.

Combien y a-t-il de journalistes qui travaillent pour le web ?

    Eric Marquis : Depuis l'année dernière, la CCIJP collabore avec l'Observatoire des métiers de la presse écrite, nouvel organisme, mis en place par l'ensemble de la presse écrite (employeurs - employés). Celui-ci effectue des études statistiques poussées.
    Il est assez difficile de dire combien il y a de journalistes de presse en ligne car jusqu’à une période récente les formulaires de demande de carte de presse ne comportaient pas de mention spécifique pour le web, donc dans les entreprises qui font aussi de la presse “classique”, ces journalistes sont souvent declarés comme les autres.
    L’observatoire des métiers de la presse écrite (mai 2009) évalue les journalistes (détenteurs de la carte) travaillant sur le support Internet de 0,6% en 2000 à 1,5% en 2008, avec un pic à 1,7% en 2001.

    Quel est le principal critère pour être considéré comme un journaliste de presse en ligne ou un site de presse en ligne ?

    Eric Marquis : En théorie il n’y a pas de condition spécifique à la presse en ligne. Mais la loi qui définit le journaliste professionnel indique qu’il exerce sa profession « dans une ou plusieurs entreprises de presse, publications quotidiennes et périodiques, ou agences de presse ». Donc si le site appartient à une entreprise de presse « classique » il n’y a pas de problème.
    Si le journaliste travaille pour un « pure-player », c’était plus compliqué jusqu’à l’année dernière. Comme le critère de l’entreprise de presse n’était pas rempli, la Commission de la carte regardait si ces sites se situaient dans l’univers du journalisme (statuts de l’entreprise, Convention collective et qualifications appliqués aux journalistes…). Désormais c’est plus simple puisque sur proposition des Etats généraux de la presse écrite a été créé le statut d’entreprise de presse en ligne. Les « pures players » peuvent être reconnus par la CPPAP, la Commission paritaire des publications et agences de presse.

Laurent Mauriac : Pour certains employeurs, c'est un choix délibéré de ne pas subir les contraintes de la convention collective des journalistes. C'est un vrai problème. Quand on a créé le SPIIL, on a voulu que tous nos membres adoptent la convention collective de la profession.

Présentation de Rue89 (1,3 million de visiteurs uniques par mois) :
Anciens de Libération et ayant une bonne connaissance du web, nous nous sommes lancés en mai 2007, dans un cadre assez atypique dans la mesure où les sites de presse étaient surtout des déclinaisons de journaux et non des créations ex-nihilo. Pour nous, faire de Rue89 un nouveau territoire journalistique était considéré comme une chance. Alors que dans la plupart des rédactions de médias existants, mettre en ligne son site internet était considéré comme une nécessité, une obligation. On sentait que les lecteurs suivrait cette voie mais que ce n'était pas une volonté. Notre pari : il y a des choses à inventer. On avait aussi des expériences de bloggeurs. Un exercice complètement différent de notre métier. On a découvert ce que cela pouvait rétablir une relation de confiance. On était donc plus dans une logique d'horizontalité et d'échange : un bon moyen de résoudre la crise que traverse encore actuellement la presse écrite. Ainsi, nous avons voulu appliquer les règles du métier tout en embrassant l'ouverture d'internet avec sa dimension participative. L’expérience de rue89 a évolué au fil du temps. La qualité de son contenu journalistique a été vérifiée.
Aujourd'hui on est 15 journalistes en CDI. Nous sommes un média d’accès gratuit car nous nous sommes partis sans marque et Internet démocratise les contenus...

Les recettes : Personne n’est bien payé à rue89, par rapport à ses compétences. Les fondateurs ont réduit leur rémunération de plus d’un quart de ce qu’ils gagnaient à Libération.
- La publicité baisse à cause de la crise économique. Les prix ont été tirés vers le bas. Ceux qui font le plus d’audience ont accepté des prix très bas.
C’est très difficile après de relever les prix alors que l’on a moins d’audience.
- On a donc créé des activités supplémentaires. En effet, nous pensons qu’un site web est l’assemblage de plusieurs compétences. Dans notre modèle économique, il y a l’idée de vendre nos compétences techniques : conception, développement de site et formations, notamment à des journalistes papiers qui passent au web. Ça représente 30% de nos ressources (Web agency, 17%). On ne pourrait pas vivre uniquement par la publicité. On est encore dans une phase de transition.
- Le nouveau journal papier (mensuel) redonne une 2e vie aux articles du web. Les revenus tirés sur le site ne sont pas suffisant par rapport au travail effectué. Il y a aussi l’idée de toucher d’autres lecteurs, faire connaitre rue 89, permettre de lire des articles chez soi ou dans les transports en commun, permettre un autre débouché au papier. Je pense qu’il y a un public et un équilibre économique. Mensuel, le meilleur de rue89 avec un peu de production originale. 1er numéro : 16 juin. 3,90 euros, 100 pages.

Y a-t-il eu un avant/après le nouveau statut d‘éditeur de presse en ligne pour Rue89 ?

Laurent Mauriac : Oui et non : on avait déjà des cartes de journalistes professionnels. Le journalisme n'est pas une question de support. Ce n'est pas parce qu'on est sur internet qu'on fait moins bien notre travail : le journalisme sur le web n'est pas en soi un journalisme de moindre qualité. Le souci est qu'il n'y avait pas vraiment d'instance
représentative pour ces nouveaux acteurs non issus de la presse papier.

Ne profitez-vous pas de contenus gratuits apportés par les bloggeurs, les experts ou certains internautes qui s’improvisent reporter ?

Laurent Mauriac : Le gros problème auquel on fait face est l'amalgame avec la notion du journalisme citoyen. Nous ne nous reconnaissons pas dans cette approche selon laquelle n'importe qui pourrait s'improviser journaliste parce qu'il détient le moyen de diffuser des informations avec Internet : ce n'est pas parce que je vais vous apporter une truelle que vous allez vous improviser maçon. Le journalisme web un métier, qui a des règles, des compétences, une expérience, un carnet d'adresse et surtout une pratique. Notre vision : intégrer des internautes dans le travail de production d'information mais certainement pas qui remplacent les journalistes. Ainsi nous publions des témoignages (faire rentrer les internautes dans un univers fermé), des expertises. A la limite les internautes peuvent nous apporter du matériel brute comme des photos.
Après, il y a besoin de journalistes pour vérifier les informations, mettre en forme, clarifier... On essaie de dépasser le clivage bloggeurs/journalistes pour produire une information enrichie.

Et côté rémunération ?

Laurent Mauriac : On considère que tous les auteur, qui vivent de leur plume, notamment les journalistes, ont vocation à être rémunérés. Nous prenons en moyenne 10 à 15 piges par mois (100 euros net la pige, quelle que soit sa longueur) lorsque nous considérons que le papier comporte une valeur ajouté, des événements qui ne sont pas couverts par
la rédaction. C'est un apport par rapport à des productions quotidiennes.

Pourquoi le SPIIL ?

Laurent Mauriac : Aucun organisme n'avait a cœur de représenter ce nouveau genre de sites. En même temps, il y avait un besoin de la part des pouvoirs publics d'un interlocuteur. Enfin, nous avons à défendre nos intérêts. Il y a eu notamment un enjeu assez important sur la modération des commentaires (apriori, apostériori...). Rue89, par exemple, reçoit plus de 1000 commentaires par jour. Nous voulions donc que soit reconnu dans le décret fixant les conditions du statut d'éditeur de presse en ligne un dispositif qui puisse prévoir une modération a postériori.

Nous nous sommes lancés en octobre 2009 avec un noyau de sites : médiapart, backchich, arrêt sur image... qui ont en commun le numérique comme activité de référence. Nous avons été surpris de l'intérêt que cela a suscité. Aujourd'hui nous sommes plus de 60 membres. Il y a une grandes variétés de sites (locaux, régionaux, francophones…) et de modèles économiques (accès payants, gratuits). Pour être membre, il faut avoir une équipe éditoriale. Mais comme nous nous sommes rendus compte qu’il y avait beaucoup de demandes d'entreprises qui ne fonctionnent qu'avec un ou deux salariés,
nous avons créé un statut de membre associé : ceux-ci ont une vocation à devenir une entreprise de presse à part entière. On pense que le fait d'appartenir au Spiil peut les aider à atteindre cet objectif (pas de droit de vote, adhésion moins chère).
Le Spiil a un représentant à la commission paritaire des publications et agences de presse. Ainsi qu‘un siège au comité d’orientation du fonds d’aide à la presse en ligne.

Quelles sont les aides pour la presse en ligne ?

Laurent Mauriac : Le mécanisme des aides n’est pas adapté. Par exemple les subventions ne concernent que les services de développement réalisés par des prestataires extérieurs. Or nous avons des équipes internes qui nous coûtent moins chères... C’est l’héritage des éditeurs papier.

Un des gros combat du Spiil est de jouer la transparence : Ainsi, Rue89 a touché 240 000 euros pour un projet de nouvelle version du site de 400 000 euros que nous devons entièrement sous-traités. Nous avons accepté ces subventions car nous sommes dans un environnement concurrentiel où elles sont acceptées et où tout le monde en bénéficie. Quand on s’est créé, les médias déjà existants avaient déjà refait leurs sites en bénéficiant d'aides publiques. Le Spiil a mené un combat pour l’équité.

Il existe des aides directes et indirectes. Il s’agit des aides de l’Etat et non du gouvernement. Or, Nicolas Sarkozy les reprend à son compte. Il peut donc y a voir une suspicion sur notre indépendance. A nous d’apporter la preuve que ça ne change rien.

Quels sont les critères pour obtenir ces subventions ?

Laurent Mauriac : Les conditions sont fixées par décret. A l’aide à la réalisation d’un projet d’amélioration ou de rénovation d’un site s’est ajouté une aide à l’emploi du journaliste. Cette aide cible principalement les rédacteurs papiers qui se déplacement dans le web. Il n’y a pas de critère d’audience mais plutôt de pertinence du projet.

Établissement des barèmes de rémunération des pigistes en ligne :

Eric Marquis : Avec le Spiil, la Commission de la carte a l’intention d’avancer sur la construction d’une régulation pour permettre d’établir des règles du jeux. Le journalisme sur Internet constitue une nouvelle forme de presse. Il faut faire comme quand la radio et la télévision sont arrivées ; employeurs et salariés se mettent autour d’une table pour en discuter.
Quelles sont les qualifications en présence sur le web ? Il y a de nouveaux postes comme Webmaster ou animateur de communauté. On a fait une sorte d’état des lieux, des définitions de fonctions. Un jour on arrivera à faire une grille de tarification de référence, comme ce qui existe pour la presse quotidienne ou régionale, par forme de presse.
Le barème de pige devrait se faire, il est souhaité, mais pas tout de suite…

Notez tout de même que cela ne réglera pas tous les problèmes… La tendance est de baisser les montants des piges… Un autre combat !

Publier un nouveau commentaire