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Association des journalistes scientifiques de la presse d'information

La culture scientifique traverse une crise profonde. Les journalistes scientifiques ont-ils encore leur place, quels rôles peuvent-ils prétendre jouer, quelles sont les évolutions à envisager ? À l'auditorium de la Cité des sciences et de l'industrie, à Paris, le 20 septembre, près de 300 personnes venues prendre part au cinquantenaire de l'Association des journalistes scientifiques de la presse d'information (AJSPI) ont tenté d'apporter des éléments de réponse.

Quel avenir pour le journalisme scientifique ?

La question de la place des journalistes scientifiques s’avère bel et bien récurrente. Les premiers membres de l’AJSPI, fondée en mars 1955, devaient déjà se battre pour réserver un espace à leur spécialité. Au sein de leur propre rédaction d’abord, mais également avec les chercheurs, à l’époque nettement réticents à livrer leurs découvertes de peur de voir leurs propos déformés, « sensationnalisés ». De profondes transformations structurelles se sont opérées depuis. Après le colloque de Nice, organisé en 1969 par l’association, de nombreux instituts et laboratoires de recherche se sont dotés de services de relation presse et communication scientifique. Et les chercheurs n’ont pour la plupart aujourd’hui plus peur des médias. Les journalistes scientifiques ne sont-ils aujourd’hui « plus que des passeurs de savoir » ?

L’enquête menée en 2005 par l’AJSPI auprès de ses membres révèle qu’ils s’estiment des responsabilités allant bien au-delà de la simple information des citoyens. « Notre boulot : faciliter la compréhension, donner des outils de connaissance qui permettent au lecteur de se faire sa propre opinion », explique Vincent Tardieu, responsable du DESS de journalisme scientifique de Montpellier. Il s’agit donc de rendre la science plus familière et, plus loin encore, de mettre l’actualité scientifique en perspective et d’en traiter dès que possible la dimension sociétale. Pourtant, la pratique ne suit pas. Sur les sujets à enjeux sociétaux proposés par les répondants à l’enquête à leur rédaction, seuls 50 % ont bénéficié d’une enquête de terrain, les recherches sur Internet prenant le pas. Mais attend-on autre chose d’eux ? Un autre journalisme scientifique est-il à inventer ?

Susciter de nouvelles vocations

Philippe Busquin, député européen et ancien commissaire européen à la recherche, estime essentiel qu’il y ait de plus en plus de journalistes scientifiques. Une responsabilité concerne, elon lui, la revalorisation de l’image de la science. Car le rapport Hamelin de novembre 2003 le confirme : les formations scientifiques et techniques subissent une réelle désaffection es lycéenbs et des étudiants. À l’heure où l’Europe estime à 700 000 le nombre de chercheurs nécessaires pour assurer le renouvellement des générations, aux médiateurs donc de relayer les enseignants et de susciter de nouvelles vocations.

Développer une culture du débat public en France

Plusieurs pays européens sont déjà dotés de structures visant à faciliter la compréhension des enjeux des sciences par la population, et à collecter et confronter les questionnements émanant du public. La France, quant à elle, reste à la traîne. Membre de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et techniques, Claude Saunier souligne clairement combien le législateur ne peut se passer de l’éclairage scientifique lors de l’élaboration d’une nouvelle loi. Devant la surdité et l’inertie des pouvoirs publics face aux alertes lancées, populariser la science lui semble un bon moyen de faciliter la mobilisation de l’opinion publique, la plus à même de faire réagir les politiques.

Ainsi, les risques accrus par la mondialisation en matière de zoonoses virales avaient été soulevés dès décembre 2004. Avertissements restés sans écho. Pour Yves Marignac, rédacteur en chef de Plutonium investigation, il s’agit de passer d’une démocratie représentative à un système participatif. Et les journalistes scientifiques devraient y occuper une place de premier plan, animant les discussions, mettant en perspective les conflits d’intérêt et d’opinion, explicitant les enjeux non seulement sociétaux, mais aussi politiques et économiques. Sentiment largement partagé par Dorothée Benoît-Browaeys, journaliste scientifique qui n’a pas attendu pour passer à l’action : VivAgora, sa jeune fondation pour le débat sciences-société, se veut une plate-forme de veille, d’information et de dialogue entre les acteurs de la société civile, de l’industrie, de la recherche et des pouvoirs publics.

Nous l’avons vu, les journalistes scientifiques ont bien des missions spécifiques et de grands chantiers les attendent. Reste à leur en donner les moyens.

Catherine Béal

Vous avez dit précarité ?

La paupérisation de la profession n’épargne malheureusement pas les spécialités scientifiques. Alors que, selon la CCIJP, le taux de pigistes chez les encartés évolue peu de 2000 à 2004 – de 18,8 % à 18,7 % –, il passe de 30,3 % à 44,1 % (116 sur 263) dans le même temps au sein de l’AJSPI. L’enquête réalisée en 2005 par l’association révèle, pour 59 réponses, 35 pigistes, parmi lesquels quatre sur cinq ont une activité supplémentaire, généralement dans l’édition ou la communication. Leur revenu brut mensuel, entre 1 000 et 2 000 euros, ne repré- sente la totalité des ressources que pour un tiers d’entre eux, tandis que pour six pigistes, l’activité journalistique ne couvre pas la moitié de leurs res- sources mensuelles.

Un « Vis ma vie » journalistes-chercheurs

L’AJSPI a récemment lancé les appels d’offres de la quatrième session de la bourse d’échange chercheurs-journalistes (cf. Pigiste n° 2, novembre 2004). Depuis 2001, une dizaine de chercheurs par an participent ainsi en tant que journalistes stagiaires pendant cinq jours à la vie d’une rédaction, pendant que des journalistes intègrent un laboratoire de recherche. Une rémunération est versée aux pigistes pour compenser le manque à gagner lié à cette période d’indisponibilité. La formule remporte un vif succès et la majorité des rédactions se disent prêtes à renouveler l’expérience. Aujourd’hui, pas moins de trente-cinq journalistes et trente chercheurs ont pu découvrir "l'autre monde".

 

« A-t-on encore besoin des journalistes scientifiques ? »

La formule au menu du jour était-elle une provocation ou exprime-t-elle des doutes réels dans la profession ? L’interrogation semblait d’autant plus fondée que le hors-d’œuvre se révélait tout aussi percutant: avec « L’actualité scientifique, vous êtes sûr que cela existe ? », l’existence du matériau de travail était remise en question. Au plat de résistance, « Journalistes scientifiques : une espèce à part ? », les opinions s’accordaient pour dire qu’un journaliste scientifique est d’abord un journaliste. Les deux dernières tables rondes, « Fais-moi rêver, fais-moi peur » et « Un rôle (petit, grand, nul) dans le jeu démocratique ? », ont clos la journée sur une note plus optimiste : oui, les journalistes scientifiques sont utiles et même indispensables !

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